Alison

Entretien avec Alison, vice-présidente du Refuge Opale

Pourquoi est-on végétalien? Comment définis-tu ce terme?

Je suis végétalienne avant tout pour les animaux. Sans compter les nombreux effets positifs que cela a eu sur ma santé, j’ai avant tout pris cette décision parce que je ne pouvais plus cautionner que des animaux soient tués pour mon simple plaisir gustatif.

Cela signifie que nous ne consommons ni viande, ni poissons ni tout autre produit dérivé de l’utilisation des animaux (œufs, laits, etc.). Au-delà du régime alimentaire, je suis également végane, c’est-à-dire que je ne porte ni cuir ni laine et que je ne participe pas aux événements qui nécessitent l’exploitation des animaux.

As-tu une idée de quand s’est passé ce déclic? Une rencontre? Un événement? Cela a-t-il été progressif?

J’ai d’abord été végétarienne durant 15 ans. Depuis l’enfance, je n’aimais pas la viande et je refusais d’en manger. Je mangeais cependant de temps à autre du poisson. Lorsque j’ai créé mon refuge, je suis devenue végétarienne. Peu à peu, je me suis renseignée sur l’impact qu’avait ma consommation de produits laitiers et d’œufs et j’ai décidé d’arrêter de les consommer. En parallèle, j’ai agrandi le refuge et décidé d’accueillir des animaux de ferme, trop souvent oubliés.

Parlons-en, n’as-tu pas peur de faire souffrir les carottes ou les brocolis?

Non. Les végétaux n’ont pas de système nerveux. Ils ne ressentent donc pas la douleur (conf. “Qu’est-ce qu’une plante?” de Florence Burgat).

Promis tu ne manges pas que de la salade?

Evidemment, non. Il existe actuellement de nombreux substituts, des légumineuses,… qui nous permettent de manger tout aussi bien sans souffrance.

As-tu commencé par le végétarisme?

Oui, durant 15 ans.

Pourquoi ne pas consommer du lait puisque la vache ne meurt pas?

Parce que la vache est utilisée afin de faire des petits tout au long de sa vie. Les petits lui sont arrachés à la naissance pour être enfermés dans de minuscules cages à veaux dans lesquelles ils resteront avant d’être vendus à des engraisseurs pour être abattus (mâle) ou avant d’être assez grands pour commencer à reproduire (femelle). Les vaches seront abattues vers l’âge de 4-5 ans parce qu’elles seront considérées comme plus productives alors qu’elles ont une longévité d’environ 20 ans.

Manger le miel des abeilles?

Je ne suis pas assez calée sur le sujet pour m’étaler. Cependant, je pense que cela reste de l’exploitation et que l’on peut très bien s’en passer (sirop d’agave, sirop d’érable, etc.).

Des oeufs de poules?

OK pour manger les œufs d’une poule rescapée que l’on détient chez soi et qui partira de sa belle mort. À condition qu’elle soit bien traitée et qu’elle ne soit pas acquise uniquement dans le but de produire des oeufs.
Cependant, dans les élevages, elles vivent dans des conditions atroces. Elles sont utilisées comme des machines et pour beaucoup d’entre elles, elles ne voient jamais la lumière du jour. De plus, elles sont toutes abattues à l’âge de 18 mois alors qu’elles ont une longévité d’environ 8-10 ans.

Ça ne s’arrête pas à la nourriture?

Pour être cohérent avec ses convictions, non, cela ne s’arrête pas à la nourriture. On refuse de financer les initiatives qui exploitent des animaux. On refuse également de porter du cuir ou tout autre matière animale par exemple. C’est une continuité logique.

Qu’as-tu commencé à changer dans tes habitudes?

L’alimentation.

Pourquoi ne pas tondre la laine du mouton puisqu’il en a besoin?

Il faut effectivement tondre les moutons. Cependant, les vêtements en laine que nous pouvons trouver dans les grandes chaînes de magasins sont loin d’être éthiques. Les moutons ne sont pas tondus avec douceur comme n’importe quel particulier le ferait pour son animal. Ils sont tondus à la chaîne, brutalement et finissent très souvent blessés. Cela est loin d’être éthique.

Pourquoi ne pas porter de cuir?

C’est un dérivé du produit que l’on obtient à l’abattoir. Pour obtenir ce cuir, l’animal doit obligatoirement être tué.

Qu’est-ce qu’on te dit le plus souvent lorsqu’on apprend que tu es végane pour les animaux?

Les gens comprennent globalement assez bien le fait d’être végétarien, même si pour beaucoup, cela est impossible pour eux car “ils aiment trop la viande”. Cependant, ils ont souvent du mal à comprendre pourquoi la consommation de produits dérivés des animaux est aussi atroce que la consommation de viandes en elle-même. Pour eux, l’humain a toujours procédé comme cela. Il est donc inconcevable de changer leurs habitudes pour les sentiments d’une vache ou d’une poule. Sans compter les nombreuses personnes qui pensent encore que nous sommes atteints de nombreuses carences alimentaires.

Globalement, hormis de recevoir des ‘critiques’ gratuites, rencontres-tu des difficultés dans la vie de tous les jours vis à vis de tes choix?

Non. Pas de difficultés particulières. Il est parfois difficile de s’alimenter dans les restaurants dites “classiques” mais je trouve qu’il y a tout de même de nombreuses alternatives qui s’offrent à nous actuellement.

Y a-t-il des rencontres que t’as faites dans le cadre de la cause animale qui ont été déterminantes pour toi?

Pleins. Nous rencontrons généralement beaucoup d’autres personnes comme nous lors des visites guidées ou des repas organisés par le refuge, cela est très enrichissant.

Dans l’autre sens, as-tu déjà tenté de sensibiliser des personnes de ton entourage ? Est-ce qu’elles ont changé quelque chose depuis?

Oui, plein de gens ont changé autour de moi et sont devenus végétariens, vegans… Nous avons à coeur de faire de la sensibilisation au grand public lors des visites guidées organisées par le refuge. Nous rentrons dans les enclos de nos animaux sauvés d’abattoir, qu’ils ont connu l’enfer de l’élevage et nous racontons en toute honnêteté leurs histoires aux visiteurs. Généralement, au contact de l’animal qui a subi ces sévices, cela les touchent. Ils y réfléchissent et certains reviennent vers nous quelques mois plus tard pour nous dire qu’ils ont changé leur consommation d’une manière ou d’une autre en faveur des animaux.

La (ou les) personne(s) qui partage(nt) ta vie ont-ils/doivent-ils avoir les mêmes convictions que toi?

Ça dépend ce qu’on appelle convictions. Mais bien sûr, il faut être sur la même longueur d’ondes. Même si l’on ne peut pas imposer tous nos choix à notre partenaire.

Quel(s) conseil(s) donnerais-tu à quelqu’un(e) qui aimerait passer le pas, mais qui vit chez ses parents ou qui ne sait pas cuisiner?

Achète des substituts vegans prêts à cuire, il n’y a rien de plus simple. Essaye de leur prouver que c’est une démarche réfléchie et qu’elle sera simple à gérer au quotidien.

Quel(s) resto(s) t’a(ont) le plus bluffé jusqu’ici? (s’il y en a plusieurs n’hésite pas à les citer)

Je ne pourrais pas citer de noms en particulier mais j’ai agréablement été surprise de très nombreuses fois.

Milites-tu? Fais-tu partie d’une association ou d’un refuge? / As-tu un projet qui va dans ce sens?

Je travaille bénévolement à temps plein et je suis vice-présidente d’un refuge pour animaux abandonnés/maltraités.